TDF – Site d’Issoudun

Écrit le 2/9/26 – Modifié le 3/9/26

Aux origines de la radio internationale française

À la fin des années 1920, la France cherche à disposer d’une radio capable d’être entendue bien au-delà de la métropole. Les ondes courtes s’imposent rapidement, car leur propagation dans l’ionosphère permet de couvrir de très longues distances. Après plusieurs essais menés depuis la tour Eiffel, le ministère des PTT prépare en 1930 la création d’un poste destiné à l’Empire colonial.

Le projet doit composer avec des moyens limités. Il est finalement décidé d’installer les studios dans l’enceinte de l’Exposition coloniale de 1931, à la porte Dorée, et d’utiliser le centre télégraphique de Pontoise pour les émetteurs. Trois pylônes d’environ 100 mètres sont construits et un câble de près de 40 kilomètres relie les studios au site technique. Deux émetteurs d’une puissance voisine de 12 kW permettent alors de viser l’Amérique, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Indochine. Les premiers essais ont lieu le 30 avril 1931.

Le Poste colonial est inauguré le 6 mai 1931, le jour de l’ouverture de l’Exposition coloniale internationale. Il diffuse principalement en français, mais propose également de courtes séquences d’information en anglais et en espagnol. Après la fermeture de l’Exposition, les studios s’installent au 98 bis, boulevard Haussmann, à Paris. La station conserve toutefois son nom : elle ne devient pas Paris Ondes Courtes en 1931. Ce changement intervient seulement le 23 mars 1938, avant l’adoption du nom Paris-Mondial quelques jours plus tard. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la station émet dans une vingtaine de langues.

La guerre et la création du centre d’Issoudun

À partir de 1936, un important centre de diffusion est construit à Allouis, dans le Cher. Des émetteurs en ondes courtes y entrent en service en 1939, mais le site ne suffit déjà plus à répondre aux ambitions françaises. Un nouveau centre exclusivement consacré aux ondes courtes est donc envisagé à Saint-Aoustrille, près d’Issoudun. La guerre interrompt le projet avant sa réalisation.

En juin 1940, les équipes de Paris-Mondial quittent Paris et se replient successivement vers Tours, Poitiers, Toulouse puis Bordeaux. La station cesse d’émettre le 17 juin, après avoir relayé le discours du maréchal Pétain annonçant la demande d’armistice. Le 22 juin correspond à la signature de l’armistice, et non à la dernière émission de Paris-Mondial.

Pendant l’Occupation, les installations d’Allouis sont utilisées pour diffuser différents programmes contrôlés par les autorités allemandes ou par le régime de Vichy. La Voix de la France, inaugurée en août 1941, s’adresse notamment aux territoires de l’Empire et à plusieurs pays étrangers. Le 17 août 1944, les troupes allemandes en retraite dynamitent les émetteurs d’Allouis. La date du 26 août, parfois reprise, ne correspond donc pas à la destruction du centre.

Le projet d’Issoudun est relancé après la guerre. Le centre entre progressivement en service entre 1950 et 1953. Les premiers ensembles, appelés centres A et B, utilisent des antennes rhombiques puis des antennes rideaux. Ils disposent chacun de quatre émetteurs de 100 kW. Un centre C est ensuite inauguré en 1961 et sa mise en service se poursuit jusqu’en 1962. Il comprend huit nouveaux émetteurs de 100 kW. La date de 1964, fréquemment citée, est donc incorrecte.

Au début des années 1970, le centre E change considérablement les capacités du site. Mis en service entre 1973 et 1974, il comprend huit émetteurs de 500 kW et un vaste ensemble d’antennes rideaux fixes. Celles-ci sont disposées suivant trois branches formant un Y, afin d’orienter les émissions vers de nombreuses régions du monde.

De l’ORTF à TDF et à RFI

La loi du 7 août 1974 met fin à l’ORTF et répartit ses missions entre plusieurs organismes. La gestion des moyens de diffusion est confiée à Télédiffusion de France, plus connue sous le nom de TDF. Le centre d’Issoudun passe sous sa responsabilité au début de l’année 1975.

Radio France Internationale naît officiellement le 6 janvier 1975. La station se consacre d’abord principalement à l’Afrique, avant de développer progressivement ses programmes vers l’Europe centrale et orientale, l’Amérique latine et l’Asie. Issoudun devient son principal moyen de diffusion en ondes courtes. Le centre retrouve une activité continue, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à partir de mars 1986.

Dans les années 1980, Issoudun travaille également avec le centre de Moyabi, au Gabon. Les deux sites diffusent parfois un même programme sur une fréquence identique. Le signal transmis au Gabon par satellite arrivant légèrement plus tard, un système de retard est installé à Issoudun afin de synchroniser les émissions. Les 36 000 kilomètres parfois mentionnés à ce sujet correspondent approximativement à l’altitude d’un satellite géostationnaire, et non à la totalité du trajet sol-satellite-sol.

L’arrivée des antennes Alliss

À la fin des années 1980, une partie des installations d’Issoudun devient vieillissante. RFI, TDF et Thomson développent alors un nouvel équipement réunissant dans un même ensemble un émetteur puissant, une antenne rideau et un système de rotation. Le nom Alliss est formé à partir d’Allouis et d’Issoudun.

Le programme initial prévoit seize antennes. Les travaux commencent en 1992 et la première, baptisée Volga, est inaugurée le 23 novembre 1993. La diminution des besoins de RFI conduit finalement à limiter le projet à douze modules, mis en service au cours des années 1990. Ces nouveaux équipements améliorent notamment la couverture de l’Afrique et de l’Asie.

Les douze antennes portent des noms de fleuves : Volga, Danube, Amour, Oural, Mékong, Sénégal, Amazone, Mississippi, Nil, Saint-Laurent, Gange et Tigre. Chaque module peut pivoter sur 360 degrés, ce qui permet d’orienter précisément le signal sans avoir à multiplier les antennes fixes. Le module Gange possède une configuration particulière lui permettant de travailler sur des fréquences plus basses que les autres.

Le fonctionnement d’une antenne Alliss

Une antenne Alliss est organisée autour d’un grand fût tubulaire peint en rouge et blanc. Les éléments rayonnants atteignent environ 80 mètres d’envergure et le fût central mesure 4 mètres de diamètre. Chaque installation occupe près de trois hectares. Ses fondations représentent environ 800 m³ de béton pour une masse de 2 000 tonnes.

Le bâtiment situé au pied de l’antenne abrite un émetteur de 500 kW et les équipements nécessaires à la rotation. L’antenne comprend deux faces rayonnantes adaptées à différentes bandes de fréquences. La direction, la fréquence et la face utilisée sont choisies en fonction de la région du monde à couvrir.

Le programme sonore est d’abord transformé en signal haute fréquence, puis amplifié par plusieurs étages. L’étage final utilise une tétrode de forte puissance de type TH576, refroidie par un système Hypervapotron. Dans les conditions typiques publiées pour une utilisation à 26 MHz, la tension d’anode atteint 14,5 kV et le courant 41 A. Le filament fonctionne sous 19 V avec une intensité d’environ 950 A. Cette tétrode peut fournir jusqu’à environ 550 kW en ondes courtes, tandis que l’émetteur Alliss est exploité à une puissance nominale de 500 kW.

Cette puissance ne doit pas être confondue avec la puissance apparente rayonnée, ou PAR. Les 500 à 550 kW correspondent à la puissance radiofréquence délivrée par l’émetteur. La PAR tient également compte du gain de l’antenne et des pertes dans la ligne d’alimentation. Avec une antenne très directive, elle peut donc être nettement plus élevée.

Issoudun aujourd’hui

La réduction des émissions de RFI en ondes courtes a conduit TDF à ouvrir le centre à d’autres radiodiffuseurs. La liste des clients évolue selon les contrats et les périodes de diffusion : il serait donc trompeur de la présenter comme définitive. Environ trente radios sont actuellement diffusées chaque jour depuis Issoudun.

Le site dispose toujours de douze antennes Alliss et peut diffuser en modulation analogique ou selon la norme numérique DRM. Sa couverture peut atteindre environ 8 000 kilomètres. Dans la pratique, la portée dépend de nombreux éléments, notamment de la fréquence choisie, de l’heure, de la saison et de l’état de l’ionosphère. Une équipe spécialisée reste présente à Issoudun pour assurer l’exploitation et la maintenance des installations.

{Photo 1} Panneaux de signalisations a l’entrée de la route des antennes ALLISS.

{Photo 2, 3 & 4} Antenne Sénégal du programme ALLISS

{Photo 5} Tour Hertzienne Nodal du centre d’Issoudun qui abrite des liaisons fibrés et des Faisceaux Hertziens.

{Photo 6} Vue de l’arrière du centre E de l’émetteur « TDF Shortwave Facility ».

Photos -> © Gautier SERVAS

SOURCES

Union internationale des télécommunications, « Le poste colonial français de radiodiffusion à ondes courtes », Journal des télécommunications, juin 1931.
https://www.itu.int/bibar/ITUJournal/DocLibrary/ITU011-1931-06-fr.pdf

RFI, « Chronologie – Un siècle de radio ».
https://graphics.rfi.fr/chronologie-un-siecle-de-radio/

Thierry Vignaud, « Ondes courtes – RFI – Issoudun – Allouis » et chronologies associées.
https://tvignaud.free.fr/am/rfi/fr-rfi.htm

Marine Beccarelli, « Radio París. La radio de l’exil espagnol en France, 1945-1974 », RadioMorphoses, 2024.
https://journals.openedition.org/radiomorphoses/5264

Archives départementales du Cher, archives consacrées aux installations d’Allouis.
https://www.archives18.fr/

Thierry Vignaud, « Évolution de 1951 à 1959 ».
https://tvignaud.free.fr/am/rfi/e1951-1959.htm

Thierry Vignaud, chronologie des années 1960 et présentation du centre E.
https://tvignaud.free.fr/am/rfi/e1960-1969.htm
https://tvignaud.free.fr/am/rfi/centre-e.htm

Légifrance, loi n° 74-696 du 7 août 1974 relative à la radiodiffusion et à la télévision.
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000333539

Sénat, projet de loi de finances pour 1998, chapitre consacré à la communication et à la diffusion de RFI.
https://www.senat.fr/rap/l97-085-3-a7/l97-085-3-a721.html

TDF, « Ondes courtes – Ondes longues », présentation du centre d’Issoudun et des antennes Alliss.
https://www.tdf.fr/le-groupe-tdf/centres-ingenierie-et-recherche/ondes-courtes-ondes-longues/

Fiche technique archivée de la tétrode TH576.
https://www.tube.be/th576.html

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Sophia Bennett is an art historian and freelance writer with a passion for exploring the intersections between nature, symbolism, and artistic expression. With a background in Renaissance and modern art, Sophia enjoys uncovering the hidden meanings behind iconic works and sharing her insights with art lovers of all levels. When she’s not visiting museums or researching the latest trends in contemporary art, you can find her hiking in the countryside, always chasing the next rainbow.